Transfert d’eau Rhône-Barcelone : traiter l’urgence et profiter de la crise pour renforcer les bases d’une gestion durable de la ressource.
Par Peche Passion, lundi 26 mai 2008 à 14:31 :: General :: #24 :: rss
La crise d’approvisionnement en eau qui touche actuellement Barcelone, obligée de s’approvisionner avec de l’eau du Rhône transportée par bateau principalement depuis Marseille, pour un coût mensuel de 22 millions d’euros, illustre l’impasse de la gestion de l’eau sur cette partie du bassin méditerranéen.
Si cette solution ne semble que provisoire puisque la ville prévoit de mettre en service en 2009 trois stations de dessalement de l’eau de mer (Llobregat, Tordera, Cunit), il n’en reste que cette mesure n’apporte qu’en partie des solutions tant le coût du dessalement, les impacts énergétiques et écologiques sur l’environnement restent élevés. D’autre part, le gouvernement espagnol a aussi autorisé, pour un montant de travaux de 180 millions d’euros, le renforcement du détournement d’eau de l’Ebre, entre Tarragone et Barcelone, malgré l’opposition de la région Aragonaise.
La ville et le gouvernement, au lieu de faire face avec fermeté à la crise structurelle de l’eau qui s’aggrave, crise en partie liée aux changements climatiques, mais principalement fruit de l’héritage d’une époque d’augmentation exponentielle de la demande d’eau pour l’agriculture irriguée et le tourisme (golfs, piscines, hôtels), continuent de répondre en favorisant l’offre à moyen terme, tout en parant au plus pressé.
Si le WWF ne peut qu’approuver une mesure de transport d’eau indispensable pour la sécurité de l’approvisionnement d’une métropole comme Barcelone, il ne peut que souligner le danger induit par les nouveaux projets, en particulier ceux de transvasement, contraires aux exigences de la Directive Cadre sur l’Eau et qui font revivre aux Espagnols les très mauvais souvenirs du Plan Hydrologique Espagnol, qui prévoyait des transferts d’eau massifs du nord vers le sud pour satisfaire l’arrosage des golfs, les cultures intensives et l’urbanisation croissante. Ce plan fut heureusement abandonné par Jose Luis Zapatero dès son accession aux responsabilités.
On le voit : le problème posé par cette crise est évident. Vouloir garantir des besoins économiquement artificiels (certaines cultures irriguées, golfs) se fera au détriment et de la sécurité d’approvisionnement des Barcelonais, de leurs besoins vitaux et de ce qu’il reste de milieux aquatiques d’eau courante intacts.
Le WWF-France et le WWF-Espagne demandent, comme ils l’avaient déjà fait en 2006 dans le rapport « Sécheresse en Méditerranée » (voir en pièce jointe ) que les gouvernements régionaux et locaux prennent des mesures énergiques pour jouer sur la demande et diminuer les usages agricoles et de tourisme à l’aide de mécanismes économiques adaptés : réorientation des aides, activités de substitution (cultures moins gourmandes en eau, golfs secs, tourisme doux). Ils s’opposent à toute idée de transfert pérenne de l’eau du Rhône vers le nord de l’Espagne, un projet déjà abandonné dans les années 2000 : la solidarité autour de l’eau ne doit pas conduire à l’ultime dégradation des écosystèmes d’eau courante dont le « bon état » voulu par la Directive Cadre sur l’Eau garantit des services écologiques vitaux. Elle doit d’abord être une solidarité de l’économie d’eau, de la gestion durable de la ressource.
Transférons les connaissances, les savoirs faire et les moyens pour les économies d’eau. Ne transférons pas la ressource.
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